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Arthur Ely

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Débarqué de Strasbourg pour tutoyer la gloire, Arthur Ely s’est construit, pièce par pièce, un univers à sa mesure, un monde dont il est fatalement le prince, le roi. Un univers hérissé de guitares électriques et de beats hip-hop ; de dictions fantaisies, de variété française aux
rimes acérées. Standard, son premier EP (re)vient de loin : tennisman en devenir, Arthur Ely ne jure que par la raquette jusqu’à ce qu’un mauvais coup mette un terme à son cursus de Sport Etudes en même temps qu’à ses rêves de Grand Chelem. La guitare servira la catharsis : entre colère et déception, les 6 cordes deviennent une obsession. Il plonge dans la musique, rêve de Miles Davis et écoute Django Reinhardt, obsédé par la soul, le blues et Jimi Hendrix. Jusqu’à ce que surgisse le rap, monolithique, immense et plein comme un soleil noir. Les manières des stars du genre, le home-studio et la MAO deviennent nouvelle religion au service d’un egotrip qui sert à la perfection ses rêves de gloire, au creux desquels se mêlent les lignes de l’intime, de l’authentique, et celles du fantasme. Mais il y a plus : on ne sait pas bien si Arthur Ely rap sur une variété française dont il a envoyé promener le beau-parler, la poésie désuète, au profit d’un verbe égocentrique hanté par les rappeurs français, ou s’il chante de manière neuve sur les beats abrasifs du hip-hop moderne ; le fil est fin, le rasoir aiguisé, la diction singulière, repeinte d’un chant personnel, d’inflexions discrètes pillées en secret chez une poignée de rappeurs comme chez les grands conteurs de la variété française. Propulsé par le clip de son single « Le Dernier homme », il crève désormais les baffles, armé d’une séduisante désinvolture, d’un verbe lourd et chargé de sens, tour à tour moqueur, bourré d’ego ou de mépris rentré. Un fantasme de petit garçon arrogant où Blanche-Neige est une pute et où les portes s’ouvrent comme par magie. Une mégalomanie de poche, assumée et parfaitement mise en scène.